01 novembre 2026
À quelques jours de la Fête départementale du livre qui se déroulera du 20 au 22 Novembre au Palais Neptune à Toulon, le professeur Marcel Rufo nous explique la place du livre dans les premières années de la vie des enfants. Interview exclusive.

“Lire une histoire à un enfant, c’est partager bien plus qu’un récit !” explique Marcel Rufo. Le pédopsychiatre évoque la force des histoires répétées, le rôle des personnages dans la découverte des émotions et l’importance d’accompagner les enfants vers le plaisir de lire. Une voix familière, une histoire que l’on connaît déjà, un personnage dans lequel on se reconnaît… Marcel Rufo invite à considérer la lecture comme un moment de relation entre l’enfant et l’adulte. Il insiste sur l’importance de proposer des livres très tôt, mais aussi de laisser l’enfant trouver, au fil des récits, ce qui fait écho à ses propres sentiments.
Var Infos : Marcel Rufo, que se passe-t-il dans la tête d’un enfant lorsqu’un adulte lui lit une histoire ?
Déjà l’adulte qui propose à un enfant de lui lire une histoire, établit un contact avec lui. Et, deuxième point, il permet d’éloigner les écrans. Le livre est la meilleure protection contre l’écran, surtout dans les premières années de la vie de l’enfant. Dans les deux premières années, le livre est fondamental, comme un « médicament générique » contre les écrans. Il faut vraiment que les parents soient au travail avec les livres dans les premières années de l’enfant. C’est fondamental, notamment face aux retards de langage importants que l’on observe chez des enfants exposés trop tôt aux écrans.
Var Infos : Quelle place occupe ce moment partagé dans le développement de l’enfant et dans sa relation à l’autre ?
L’enfant s’habitue à une intonation et aussi à des images, dans la répétition du livre. Il faut que ce soient souvent les mêmes histoires, racontées par le même adulte, avec le même tempo, la même prosodie du langage, pour que l’enfant ait une sorte de confort, d’habitude. Le livre ouvre à l’enfant la possibilité de passer d’un temps spatial à un temps temporel, de partir à la conquête du temps : du temps vécu avec autrui.

Var Infos : Les histoires peuvent-elles permettre à l’enfant de mieux comprendre ses sentiments et mieux exprimer ses émotions ?
Selon les thématiques, l’enfant va choisir. Ce n’est pas l’adulte, c’est l’enfant auquel on lit une histoire qui va choisir la thématique qui lui évoque ses propres sentiments. Dans cette identification au livre, on voit aussi les progrès que peut faire l’enfant. Par exemple, lorsqu’il rencontre des personnages en difficulté, cela peut être une façon de dépasser les siennes en se disant : « Cette difficulté, le personnage dans le livre la rencontre, donc je ne suis pas le seul dans cette situation. »
C’est une sorte de communion dans la difficulté, qui permet à l’enfant de passer outre ses obstacles.
Var infos : Comment donner aux enfants l’envie de lire alors que les écrans envahissent de plus en plus leur espace ?
Déjà, les enfants auxquels on aura lu des histoires tôt seront potentiellement de bons lecteurs plus tard. Je crois aussi à l’importance de savoir aller acheter des livres avec l’enfant. Les écrans sont accessibles sans que l’on ait à faire ce déplacement dans la ville, dans la librairie. L’endroit où les livres sont achetés et vendus est aussi un lieu qui sert de promenade à l’enfant, avec l’adulte qui l’accompagne vers cet achat-là.
Var Infos : Les livres jeunesse abordent parfois des sujets difficiles : séparation, maladie, deuil ou harcèlement… Comment choisir une histoire adaptée à l’enfant et l’accompagner dans les questions qu’elle suscite ?
Je crois que ces ouvrages thématiques sont à choisir en fonction des événements que traverse l’enfant. Les parents viennent souvent me voir lorsqu’ils vont se séparer pour me demander : « Comment faire en sorte pour que l’enfant ne souffre pas trop de la séparation ? ». Je crois qu’il vaut mieux, dans ces cas-là, acheter un livre où la séparation est mise en scène et où l’on voit que l’enfant souffre. Car on n’évite pas la souffrance ! On voit une souffrance aiguë qui permet de mieux se représenter la souffrance vécue.
Var Infos : Vous connaissez bien la Fête du livre de Toulon. Qu’appréciez-vous dans cet événement ?
Je trouve que c’est un bon moment de partage entre les lecteurs et les auteurs. Ça me plaît beaucoup.
Propos recueillis par Var Infos.
Crédit photo Eric Fougere/VIP IMAGES



