01 novembre 2026
Comment parler de la maladie, de la mort ou des secrets avec un enfant ? Avec « Mamica Raconte », Carine Mesz propose des récits nourris de son expérience personnelle et de son parcours d’ancienne thérapeute. Destinés aux 3-8 ans, ses livres ouvrent un espace de dialogue entre générations, où les images et les mots laissent aussi place au silence.

Carine Mesz, comment est née la collection « Mamica Raconte » ?
Mes histoires sont nées de ma rencontre avec la maladie. En 2017, après plus de trente ans de cabinet libéral, on m’a diagnostiqué un cancer de stade 4. J’ai consacré toutes mes forces aux traitements. À côté de moi, mon petit-fils de trois ans posait des questions auxquelles je n’arrivais pas à répondre : « C’est quoi un cancer ? », « Qu’est-ce qu’ils vont te faire, les médecins ? », « Mamie, tu vas mourir ? ». Je n’avais pas les mots. Mes forces étaient ailleurs.
Après ma rémission, en 2020, j’ai pris le temps de consolider ma santé et de réfléchir à ces questions. Entre-temps, j’avais pris ma retraite. Je me suis demandé si, comme ancienne thérapeute, maman et grand-mère, je pouvais enfin trouver les mots qui m’avaient manqué.
Comment aborder ces sujets difficiles dans une histoire pour enfants ?
Pour le deuil et le cancer, je suis partie de mon histoire personnelle et de mes échanges avec mes petits-enfants. Il m’a fallu du temps pour trouver des mots, des images et des métaphores simples.
Dans Mamica Raconte une Histoire d’Âme, une bougie diminue jusqu’à s’éteindre. Les enfants fabriquent aussi un bonhomme de neige avec la casquette, la pipe et l’écharpe du papy disparu. La pluie le fait fondre, mais il reste ce que nous conservons dans nos cœurs et nos mémoires.
Dans l’histoire du cancer, les ronces qui envahissent le jardin représentent la maladie et les petits pompiers les traitements. Les émotions ont également leur place : la peur, la colère, la tristesse, le « pourquoi moi ? ».

Votre livre sur les secrets vient-il davantage de votre expérience professionnelle ?
Oui, c’est celui qui a été le plus inspiré par mon travail de thérapeute. J’ai accompagné des patients de différentes générations qui souffraient du poids des secrets de famille.
J’ai voulu ouvrir aux enfants un espace de confiance et de sécurité, du petit secret de la cour de récréation au secret beaucoup plus lourd. L’idée est que l’enfant puisse trouver un adulte référent capable de l’entendre, de l’accompagner ou de l’aider à se faire accompagner. Avec la dessinatrice, nous avons aussi créé un cahier de coloriage pour prolonger l’histoire et offrir un autre support à la parole.
Quelle place accordez-vous à l’enfant pendant la lecture ?
Ces histoires s’adressent aux enfants de trois à huit ans, parfois davantage. Elles sont à partager avec les parents ou les grands-parents pour créer des moments de confiance, des bulles de silence que chacun pourra remplir à sa façon.
La mort, la maladie, le secret, la liberté ou le temps, sont des thèmes qui traversent les générations. Les histoires, les paroles et les dessins peuvent parler aux petits comme aux grands.

Pourquoi terminer chaque livre par une recette de cuisine ?
Pour créer un pont supplémentaire entre les générations. Gaufres, crêpes, ratatouille ou soupe de potimarron permettent de prolonger la lecture par un moment concret : cuisiner, ranger les ustensiles, préparer la table, manger et se raconter des histoires.
Ce que je souhaite transmettre ? L’amour, la tendresse, la présence et le besoin des autres. Des mots simples, des images simples et des moments partagés autour de valeurs fondamentales.



