L’adaptation hospitalière face à la hausse des besoins : la difficile équation !


28 février 2026

Le Centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer-Hyères a connu l’an dernier une augmentation de son activité, de l’ordre de 5,4%. En cause, des circonstances particulières et un pic épidémique de grippe auquel il a fallu faire face, tout en poursuivant la modernisation des services. Comment le CHITS répond-t-il à ces exigences ? Interview du directeur Yann Le Bras.

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Yann Le Bras - directeur du centre hospitalier Toulon-La Seyne (CHITS) ©Conrad Eberhaerd

Yann Le Bras, l’activité hospitalière a connu une croissance l’an dernier, pourquoi ?  Le CHITS est l’établissement support du territoire, avec un champ d’activité extrêmement large. Nous couvrons la médecine, la chirurgie, l’obstétrique, mais aussi les soins de suite et de réadaptation, la psychiatrie, la pédopsychiatrie, ainsi que le médico-social pour les personnes âgées.
Cette diversité s’exerce sur trois sites principaux : l’hôpital Sainte-Musse à Toulon, l’hôpital George-Sand à La Seyne-sur-Mer et l’hôpital Clémenceau à La Garde.

En ce début d’année, nous avons dû faire face à des éléments conjoncturels, notamment les tensions hivernales liées aux épidémies de grippe et de virus saisonniers, mais aussi à des situations exceptionnelles comme l’incendie survenu aux urgences de Hyères début janvier ou encore le mouvement de grève de la médecine libérale.
Nos équipes se sont fortement mobilisées, aussi bien aux urgences adultes que pédiatriques, dans un contexte marqué par un pic épidémique important, avec jusqu’à 26,8 % de taux de positivité à la grippe à un moment donné.

Cette situation a entraîné une forte pression sur nos capacités d’hospitalisation, mais l’ensemble des services a su s’adapter pour accueillir tous les patients nécessitant une prise en charge. Aujourd’hui, nous sommes sortis de cette période de tension.

Sur un plan plus structurel, l’activité globale du CHITS est en forte croissance : en 2025, elle a augmenté de 5,4 % par rapport à 2024, qui avait déjà connu une hausse de plus de 5 %. Cela traduit la confiance des patients dans notre offre de soins et l’engagement constant de nos équipes.

Var Infos :
Dans un contexte national de tensions sur le système de santé, comment parvenez-vous à maintenir la qualité des soins et l’accès aux services pour la population ?

Yann Le Bras :
Cela repose sur une adaptation permanente à la demande des patients, notamment aux urgences, mais aussi sur une exigence très forte en matière de qualité et de sécurité des soins.
Notre établissement est certifié par la Haute Autorité de santé au plus haut niveau, et nous mettons tout en œuvre pour maintenir cette excellence.

Nous développons également de nouvelles activités grâce à des investissements ciblés et à l’ouverture de nouveaux services. À Sainte-Musse, par exemple, nous avons ouvert une unité de chirurgie ambulatoire avec un salon d’accueil dédié, permettant aux patients d’être opérés et de rentrer chez eux le jour même.
Les urgences gynécologiques et obstétricales ont été entièrement restructurées et modernisées, offrant aujourd’hui des conditions de prise en charge très confortables pour les patientes comme pour les professionnels.

Face à la forte demande en santé mentale, notamment chez les adolescents, nous avons également réorganisé notre unité de pédopsychiatrie avec la création d’un hôpital de jour, tout en maintenant une hospitalisation complète pour les situations les plus complexes.

Nous cherchons aussi à améliorer le quotidien des patients. Par exemple, avec près de 3 000 naissances par an, une antenne de l’état civil de la Ville de Toulon est désormais implantée à l’hôpital, permettant aux parents d’effectuer la déclaration de naissance directement sur place.

Enfin, nous renforçons notre expertise dans des domaines de pointe. Nous venons d’obtenir le label « Filière remarquable » pour la prise en charge du cancer du poumon, attribué pour cinq ans par l’Agence régionale de santé. Il s’agit d’une reconnaissance majeure de l’engagement de nos équipes, notamment en recherche clinique. Il n’existe que six filières de ce type en région PACA, et nous en faisons partie.

Var Infos :
Vous investissez également dans des équipements innovants. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Yann Le Bras :
Nous poursuivons une politique d’investissement ambitieuse. À court terme, nous allons renouveler un troisième scanner à Sainte-Musse et installer un nouveau scanner à l’hôpital George-Sand.
Notre activité de cardiologie interventionnelle étant très soutenue, nous travaillons à la création d’une deuxième salle de coronarographie à Sainte-Musse, accompagnée d’une unité ambulatoire dédiée à la radiologie interventionnelle et d’une salle de petite chirurgie.

Le robot en salle d’opération ©chits.jpg (3.11 MB)

Le robot en salle d’opération ©chits

Var Infos :
Vous avez récemment acquis le robot Vélis, dédié à la chirurgie du genou. En quoi s’agit-il d’une avancée majeure ?

Yann Le Bras :
Nous disposions déjà d’un robot chirurgical pour certaines spécialités comme l’ORL ou l’urologie, mais nous avons souhaité aller plus loin avec la chirurgie orthopédique.
Le robot Vélis, de dernière génération, est équipé d’une intelligence artificielle réactive qui calcule en temps réel des données essentielles pour adapter très précisément l’intervention à l’anatomie de chaque patient.

Pour les patients, les bénéfices sont nombreux : récupération postopératoire plus rapide, diminution de la durée d’hospitalisation, réduction des complications et des douleurs résiduelles, ainsi qu’une meilleure longévité des implants.
Pour l’établissement, c’est aussi un moyen de renforcer l’expertise de notre équipe de chirurgie orthopédique et traumatologique, dirigée par le docteur Sideki, très engagée à la fois dans la chirurgie programmée et dans la permanence des soins traumatologiques sur la métropole.

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L’équipe de chirurgie orthopédique ©chits

Var Infos :
Pour conclure, quels sont les principaux défis et projets du centre hospitalier dans les mois à venir ?

Yann Le Bras :
Notre défi est de continuer à nous adapter avec ambition. Cela passe notamment par l’« universitarisation » de certaines filières. Nous comptons aujourd’hui trois professeurs associés de territoire, rattachés à la faculté de médecine de Marseille, qui portent des missions d’enseignement et de recherche comparables à celles d’un centre hospitalier universitaire.

Nous souhaitons également maintenir un haut niveau d’investissement, tant pour l’accueil des patients que pour les conditions de travail des professionnels, et préparer, avec l’Agence régionale de santé, les grands projets architecturaux nécessaires pour les cinq à dix prochaines années.

Enfin, nous renforçons les liens avec la médecine de ville et les professionnels libéraux, car le parcours de soins ne commence ni ne s’arrête à l’hôpital. Cette coordination est essentielle en gynécologie, gériatrie, oncologie ou encore psychiatrie.

À l’échelle du Var, nous portons aussi un projet majeur : la mise en place d’un dossier patient informatisé commun à tous les établissements publics de santé du département. Ce projet, d’un montant de quatre millions d’euros, permettra un parcours de soins beaucoup plus fluide pour les patients et un gain de temps et de pertinence pour les équipes.

Nous poursuivrons ainsi une dynamique de croissance, fondée sur l’investissement, l’innovation et une exigence constante de qualité, avec un objectif clair : prendre soin des patients et de nos professionnels.

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Hopital Sainte-Musse à Toulon ©chits

Chiffres clés

       + 5,4 % d’activité en 2025

       + 5 % déjà enregistrés en 2024

       3 sites hospitaliers :

o   Sainte-Musse (Toulon)

o   George-Sand (La Seyne-sur-Mer)

o   Clémenceau (La Garde)

       3 000 naissances par an

       26,8 % : pic de positivité à la grippe durant l’hiver

       6 filières d’excellence en PACA pour le cancer du poumon, dont 1 au CHITS

       2 robots chirurgicaux, dont le robot orthopédique de dernière génération Vélis

       4 M€ investis dans un dossier patient informatisé commun aux hôpitaux publics du Var

       3 professeurs associés de territoire rattachés à la faculté de médecine de Marseille

Propos: Conrad EBERHAERD