Rencontres du Sens : Jean-Claude Goñi invite à passer à l’action dans le Var

Les 21es Rencontres du Sens se tiendront les 31 octobre et 1er novembre au domaine de la Castille, à Solliès-Ville. Démocratie locale, alimentation, préservation du vivant et coopération seront au cœur des échanges. Avec une ambition : faire émerger des solutions concrètes pour le territoire. Entretien avec Jean-Claude Goñi, organisateur de l’événement.

Ces 21es Rencontres du Sens mettent l’accent sur le passage à l’action. Quel déclic souhaitez-vous provoquer chez les participants ?

Le déclic fondamental consiste à cesser d’attendre que les solutions descendent d’en haut. Le modèle centralisé et pyramidal montre aujourd’hui ses limites face aux urgences du quotidien. La démocratie ne se résume pas à voter tous les cinq ans : elle repose sur l’implication directe des citoyens dans les arbitrages qui touchent leur vie, de l’alimentation à la santé, en passant par l’éducation et la préservation de notre environnement.

À travers la trentaine d’ateliers, de conférences et de cercles de réflexion, ainsi que les tables rondes du week-end, nous voulons montrer que l’expertise est déjà sur le terrain. Les participants viennent apporter leur vécu pour construire ensemble des réponses concrètes, applicables à l’échelle locale.

Depuis 2021, vous avez engagé plusieurs initiatives locales. Quelle réalisation illustre le mieux votre démarche et quels résultats pouvez-vous mesurer ?

L’avancée la plus déterminante reste sans doute notre mode de gouvernance partagée, sans lequel aucun projet collectif ne dure. Nous avons conçu et mis à l’épreuve sur le terrain un protocole de votation à choix multiples, appelé « RIC ECARLATE ». Il vise à trancher collectivement des dossiers complexes en associant des centaines, voire des milliers de personnes aux sensibilités variées. Nous souhaitons montrer que le référendum est un outil de gouvernance d’avenir.

Ce modèle a été expérimenté au sein de l’Assemblée coopérative démocratique constituante, ACDC83, ainsi que dans nos structures partenaires, comme ESCAPAD, tournée vers l’alimentation. Chez nous, l’assemblée générale ne se limite pas à un rendez-vous annuel : elle est permanente.

Dès qu’un arbitrage dépasse le cadre fixé, nous ouvrons un temps d’information et de débat, à travers des rencontres physiques, des échanges numériques et des cercles locaux, avant une votation finale. Plus de vingt consultations de ce type ont été menées. Selon notre expérience, cette méthode renforce l’adhésion et permet d’éviter les blocages que rencontrent souvent les structures traditionnelles.

Vous souhaitez développer des coopératives associant habitants, entreprises, associations et collectivités. Comment partager les décisions et leur financement malgré des intérêts parfois divergents ?

Nous souhaitons développer des sociétés coopératives d’intérêt collectif, les SCIC. Elles permettent de réunir autour de la même table les usagers, les salariés, les producteurs, les entreprises et les élus locaux. L’objectif est de prendre des décisions concertées, au service d’une économie équitable, écologiquement soutenable et économiquement viable.

Dans notre démarche, le RIC ECARLATE sert à clarifier les débats en amont et à amener chacun à comprendre les contraintes des autres.

Sur le plan financier, la solidité du projet repose sur la convergence d’intérêts concrets. Une collectivité peut répondre à ses besoins en matière de restauration scolaire ou d’alimentation territoriale ; une entreprise locale peut donner corps à ses engagements de responsabilité sociétale ; les habitants peuvent accéder à des services répondant à leurs attentes. Lorsque chaque partie comprend les enjeux et trouve sa place, le projet peut s’inscrire dans la durée.

Jean-Claude Goñi, organisateur de l’événement.

Parmi vos nouveaux chantiers figure un Parlement des écosystèmes, notamment autour de l’eau. Comment pourrait-il peser sur les choix d’aménagement dans le Var ?

Nos politiques publiques restent trop cloisonnées. La prévention des incendies, la gestion du couvert végétal et celle du ruissellement doivent, par exemple, être pensées ensemble. Nous souhaitons que la forêt et les bassins versants soient davantage pris en compte dans les arbitrages d’aménagement, car nos vies dépendent directement de leur équilibre.

Ce Parlement des écosystèmes vise à faire entrer la préservation du vivant comme un enjeu à part entière dans les décisions locales. Pour peser, il doit aller au-delà des déclarations d’intention et proposer des modèles économiques viables et circulaires.

Nous voulons notamment explorer des systèmes dans lesquels la gestion de l’eau soutient des productions vivrières sans intrants chimiques. L’ambition est de montrer aux élus et aux aménageurs l’intérêt d’investir dans la préservation des ressources et la prévention des risques.

Alimentation, santé, habitat ou monnaie locale : vos projets touchent directement au quotidien. Comment un Varois peut-il s’impliquer, et quelles suites prévoyez-vous après les rencontres ?

Le point d’entrée le plus direct est de rejoindre l’un de nos ateliers à la Castille. Chacun peut venir confronter ses besoins aux dynamiques déjà engagées, qu’il s’agisse d’alimentation locale, d’habitat participatif ou d’initiatives de santé intégrative.

L’action se poursuit ensuite à travers des outils comme la monnaie locale, la Fève. Pour nous, son intérêt est de favoriser la circulation de la richesse sur le territoire et de soutenir les échanges entre acteurs locaux, au service d’une économie circulaire.

Dès le 2 novembre, nous souhaitons intégrer les participants volontaires aux groupes de travail de nos SCIC et poursuivre la rédaction collective du livre des solutions. Ce week-end doit être le point de départ de nouvelles coopérations.

En pratique

Les 21es Rencontres du Sens se dérouleront samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre 2026 au domaine de la Castille, RD 554, à Solliès-Ville, entre La Crau et La Farlède. Tables rondes le matin, ateliers, conférences et cercles de réflexion l’après-midi.

Tarifs : 15 € pour une journée, 25 € pour les deux jours. Restauration sur place et parking. Programme et réservations sur www.acdc83.org.