À 45 ans, le skipper hyérois Mikael Mergui s’apprête à prendre, le 1er novembre prochain, le départ de sa deuxième Route du Rhum. Licencié au Yacht Club de Porquerolles, le Varois visera le top 10 en Class40. Un défi sportif et humain préparé depuis quatre ans, entre la baie d’Hyères et les centres d’entraînement bretons.
Mikael Mergui©Conrad Eberhaerd
Mikaël, vous dites que cette Route du Rhum est un rêve pour vous, pourquoi ?
C’est une course mythique, qui a révélé beaucoup de grands skippers. Elle est disputée tous les quatre ans et en solitaire. Pour nous, le Vendée Globe représente l’Everest et la Route du Rhum fait partie du chemin qui y mène. En Méditerranée, nous n’avons pas d’épreuve aussi populaire que les grandes transatlantiques parties de l’Atlantique ou de la Manche. Depuis toujours, elles m’attirent et me font rêver.
Vous avez déjà participé à l’édition 2022…
Oui, mais j’avais dû abandonner après six jours, après avoir cassé mon bateau en deux. Cela a été très difficile à vivre, après toute l’énergie investie dans sa construction et dans la recherche de partenaires. Le soutien de Centrakor a alors été déterminant. L’entreprise aurait pu s’arrêter après cet abandon, mais elle a choisi de poursuivre l’aventure durant quatre années supplémentaires. Cela m’a beaucoup aidé à me relever et à repartir.
Comment prépare-t-on un tel rendez-vous ?
Même si je serai seul en mer, ce projet est tout sauf solitaire. Il y a mon équipe, ma compagne, mes amis qui participent à la préparation technique, mais aussi mes parents et mes deux enfants. Leur soutien est la première pierre du projet. La seconde, ce sont les partenaires. Trouver des financements est probablement la partie la plus difficile de notre métier. Il faut savoir présenter et vendre son projet. Le budget recherché pour cette saison est de 435 000 euros, ce qui reste un budget moyen dans la catégorie des Class40.
©hirsch centrakor-RobinChristol
Pour y participer, il a fallu passer par une qualification…
Oui. Le nombre de concurrents est désormais limité, notamment pour des raisons environnementales, logistiques et médiatiques. Pour être retenu, il faut accumuler le plus de milles possible sur les courses qualificatives. Le résultat sportif compte moins que l’expérience acquise et la capacité à aller au bout. Grâce à la fidélité de mes partenaires depuis 2022, j’étais autour de la vingtième place sur la liste. Nous avons donc coché la première case : être au départ parmi les 47 Class40 attendus.
Quelle sera votre ambition ?
La priorité sera d’arriver en Guadeloupe. Sur une transatlantique, tout peut arriver. Mais je me suis beaucoup entraîné cette année à La Trinité-sur-Mer, au sein d’un groupe de huit bateaux encadré par un coach. Le niveau s’est considérablement élevé en quatre ans et la discipline s’est encore professionnalisée. Mon ambition sportive est claire : entrer dans le top 10.
©hirsch centrakor-RobinChristol
La technologie a-t-elle changé la course au large ?
Totalement. Les bateaux vont plus vite, les matériaux et les pilotes automatiques ont énormément progressé. Mais la grande révolution, c’est la connexion haut débit par satellite. Autrefois, nous envoyions quelques photos et de rares messages. La voile est désormais connectée, sans rien perdre de son exigence et nous pouvons faire vivre la course au jour le jour, échanger avec les écoles, les partenaires et les médias depuis le milieu de l’Atlantique. D’ailleurs, dans le cadre d’un partenariat avec la métropole Toulon Provence Méditerranée, 78 classes suivent ma saison et mes transatlantiques.
Mikael Mergui©hirsch centrakor-RobinChristol
Vous naviguez sur toutes les mers du monde mais vous restez très attaché au Var…
J’ai navigué en Australie, aux États-Unis, dans les Caraïbes et partout en Méditerranée. Chaque fois que je reviens à Hyères ou à Toulon, je mesure notre chance. La baie d’Hyères et ses îles offrent un terrain de jeu exceptionnel. Pourtant, la voile sportive et la course au large restent trop méconnues ici.
Votre passion de la voile est-elle toujours intacte ?
J’ai eu la chance de grandir sur un bateau. Mes parents nous ont élevés, mon frère et moi, dans cet univers. Mon père construisait des bateaux et ma mère travaillait dans l’accastillage, à Hyères. J’ai appris à naviguer dans la rade de Toulon, puis je me suis perfectionné en dériveur et en laser dans la baie d’Hyères. Cela ne m’a jamais quitté. Comme j’avais un peu de mal à trouver ma place dans le cursus scolaire, j’ai suivi une formation dans la marine marchande à Marseille. Au début des années 2000, j’ai navigué sur des cargos et de grands navires de commerce. La mer est ainsi devenue mon métier.
Propos Conrad Eberhaerd