Face à l'essor des locations touristiques et à l'évolution de la réglementation, les propriétaires de meublés de tourisme doivent désormais composer avec de nouvelles obligations fiscales et administratives. Quelles sont les principales évolutions à connaître en 2026 ? Quels impacts pour les loueurs varois ? Éclairage avec Bruno Dartiguenave, expert-comptable et président du Groupe BDCA, dans notre rubrique « Éco d'ici ».
Bruno Dartiguenave © Conrad Eberhaerd
Plusieurs changements ont récemment concerné la location saisonnière. Quelles sont les principales évolutions à connaître ?
La location saisonnière connaît une profonde transformation. Après plusieurs années de forte croissance des plateformes de réservation, les pouvoirs publics ont souhaité rééquilibrer le marché entre hébergement touristique et logement permanent.
La principale évolution concerne le renforcement du cadre applicable aux meublés de tourisme. Les communes disposent désormais de davantage de moyens pour encadrer les locations de courte durée : déclarations obligatoires, numéros d'enregistrement, limitation du nombre de logements ou contrôle des changements d'usage.
Parallèlement, l'administration fiscale porte une attention accrue à cette activité, désormais considérée comme une véritable activité économique lorsqu'elle génère des revenus réguliers. Nous assistons clairement à une professionnalisation du secteur.
Les règles fiscales ont-elles évolué et quelles conséquences cela peut-il avoir sur la rentabilité ?
Oui, c'est probablement le changement le plus important pour les propriétaires. Pendant longtemps, la location meublée touristique bénéficiait d'un régime particulièrement favorable. Les réformes récentes ont réduit cet avantage, notamment pour les logements non classés.
Aujourd'hui, les meublés non classés bénéficient d'un abattement fiscal plus faible et d'un plafond de recettes réduit dans le cadre du micro-BIC. À l'inverse, les logements classés conservent un régime plus favorable, ce qui renforce l'intérêt du classement touristique.
Cette évolution peut avoir un impact direct sur la rentabilité. Dans certains cas, la charge fiscale augmente sensiblement et réduit le revenu réellement perçu. Le choix entre micro-BIC et régime réel devient donc stratégique. Une mauvaise anticipation peut coûter plusieurs milliers d'euros par an. C'est pourquoi il est essentiel de consulter un expert-comptable afin d'optimiser sa situation.
Quelles sont aujourd'hui les démarches incontournables pour un loueur ?
Le premier réflexe doit être de vérifier les règles applicables dans la commune où se situe le bien. Certaines villes imposent une déclaration préalable, d'autres un numéro d'enregistrement à faire figurer sur les annonces. Dans certaines zones touristiques, des autorisations spécifiques peuvent également être nécessaires.
Sur le plan fiscal, le propriétaire doit déclarer son activité, choisir un régime adapté et tenir une comptabilité rigoureuse. Il faut également s'assurer de la bonne perception de la taxe de séjour et ne pas négliger les questions d'assurance ou les contraintes liées à la copropriété.
La conformité repose aujourd'hui sur un ensemble d'obligations qui doivent être appréhendées de manière globale.
Quelles erreurs constatez-vous le plus souvent ?
La première erreur consiste à sous-estimer le niveau d'exigence administrative de cette activité. Beaucoup de propriétaires considèrent encore la location saisonnière comme une activité occasionnelle alors qu'elle se rapproche de plus en plus d'une activité professionnelle.
Nous observons fréquemment des oublis de déclarations, une méconnaissance des règles locales ou encore un mauvais choix du régime fiscal. Autre point sensible : la conservation des justificatifs. En cas de contrôle, l'administration fiscale exige des preuves précises concernant les recettes et les dépenses.
Enfin, de nombreux propriétaires négligent le classement touristique de leur logement alors qu'il peut améliorer significativement leur fiscalité.
Quels conseils donneriez-vous aux propriétaires varois pour sécuriser leur activité ?
Dans le Var, où l'activité touristique est particulièrement dynamique, il faut considérer la location saisonnière comme une véritable activité patrimoniale. Cela implique une gestion rigoureuse, le suivi précis des recettes et la conservation de tous les documents liés à l'exploitation du bien.
Je recommande également de réaliser régulièrement un audit de sa situation fiscale, car les règles évoluent rapidement. Le classement en meublé de tourisme mérite aussi d'être étudié sérieusement.
Enfin, il faut anticiper les contrôles. Les plateformes transmettent désormais de nombreuses informations à l'administration fiscale et les croisements de données sont de plus en plus performants. Le meilleur moyen d'éviter un redressement reste la transparence et la préparation.
Aujourd'hui, les opportunités demeurent réelles dans le Var, mais elles s'accompagnent d'exigences réglementaires et fiscales qui imposent une gestion de plus en plus professionnelle.
À retenir
• Les règles fiscales se durcissent pour les meublés non classés.
• Le classement touristique peut offrir des avantages fiscaux significatifs.
• Les communes disposent de nouveaux outils de contrôle.
• Le choix du régime fiscal doit être réévalué régulièrement.
• Une gestion rigoureuse reste la meilleure protection contre un redressement fiscal.