Inscrit dans une politique de proximité, Jean-Louis Masson, le président du conseil départemental du Var, évoque ses priorités pour l’année 2026. Dans un contexte international et national inquiétant, plus que jamais, la cohésion sociale et la stabilité doivent s’imposer.
Jean-Louis Masson (Pdt du CD83) aux cotés de Simon Babre (préfet du Var) crédit photo © Nicolas Lacroix
Var Infos : Que retenez-vous de l’année 2025 sur le territoire varois ?
Jean-Louis Masson : Ce que je retiens avant tout, c’est l’instabilité nationale. Nous avons changé quatre fois de Premier ministre et connu une instabilité législative permanente. Dans ce contexte, ce sont les collectivités de proximité, communes et départements qui font tenir le pays. Les citoyens se tournent vers leur maire, vers leur conseiller départemental, pour trouver des solutions concrètes à leurs problèmes quotidiens. Jamais les politiques de proximité n’ont été aussi vivantes et aussi indispensables. Le pouvoir central est fragilisé, parfois déliquescent, et la France continue d’avancer grâce à ses collectivités locales.
Var Infos : Certains souhaitent pourtant réduire le millefeuille administratif…
Jean-Louis Masson : On a souvent critiqué ce millefeuille territorial, mais il a démontré son efficacité comme durant la crise du Covid. Les écoles ouvrent et ferment à l’heure, les collèges et les lycées fonctionnent, les transports roulent, l’accompagnement vers l’emploi se poursuit. Nous sommes au contact direct des réalités et, aujourd’hui, la France tient grâce à ses collectivités locales. Tout ce qui fait tourner le pays repose aujourd’hui sur l’action locale. À part la neige, que nous ne maîtrisons toujours pas… (rires)
Var Infos : Lors de la cérémonie des vœux, en Janvier dernier à l’Hôtel du Département, vous avez ouvert votre discours en évoquant la situation internationale. Est-ce une inquiétude personnelle ?
Jean-Louis Masson : Je suis né dans l’après-guerre et je n’ai jamais connu un contexte aussi tendu que celui d’aujourd’hui. Une grande puissance comme la Russie qui attaque un pays voisin avec un engagement militaire de haute intensité, un président américain capable de faire arrêter un chef d’État par une opération commando, des tensions majeures entre grandes puissances, une Chine très active autour de Taïwan à travers des manœuvres militaires qui révèlent des velléités d’envahissement… Le contexte international est extrêmement préoccupant. Et en parallèle, notre contexte intérieur est troublé sur le plan politique, social et économique. Honnêtement, je pense que nous n’avons pas connu un tel climat depuis la seconde guerre mondiale.
Var Infos : Quelles sont vos priorités pour les années à venir, hors échéances politiques ?
Jean-Louis Masson : La priorité, c’est l’apaisement. Je ne sais pas si nous le trouverons au niveau national, mais les collectivités locales continueront à mener cette politique de proximité, cette politique du dernier kilomètre, parfois même du dernier mètre. Nous continuerons à agir pour maintenir la cohésion sociale et répondre aux attentes concrètes des habitants, en attendant les prochaines échéances électorales nationales.
Var Infos : Le Var attire de plus en plus de nouveaux habitants, comment anticipez-vous cette situation ?
Jean-Louis Masson : Le Var bénéficie d’une douceur de vie exceptionnelle. C’est un département magnifique, avec de véritables services de proximité. Même si le prix de l’immobilier est supérieur à la moyenne nationale, l’envie de vivre ici est forte, chez les retraités comme chez les actifs. Cela nous oblige à anticiper et à préparer cette attractivité, malgré une complexité administrative très lourde, avec des centaines de milliers de normes et parfois des contraintes paradoxales. Avec plus de 403 000 normes, 77 codes, nous devons parfois prendre des décisions dans un contexte d’insécurité juridique, mais nous avançons malgré tout.
La cérémonie des voeux du CD83 crédit photo © Nicolas Lacroix
Var Infos : Qu’est-ce qui motive encore votre engagement ?
Jean-Louis Masson : Le Département a une vocation profondément sociale. Aider une personne au RSA à retrouver un emploi, accompagner des jeunes confrontés à des situations familiales extrêmement difficiles, les protéger, les former, les voir réussir… c’est une immense fierté. Il m’arrive de croiser d’anciens enfants de l’Aide sociale à l’enfance devenus étudiants en droit ou insérés professionnellement. Certains me disent : « Si je m’en suis sorti, c’est grâce à l’accompagnement du Département. ». Cela donne du sens à notre action. Vous savez, quand on est au RSA, on est au fond du gouffre. Quand on tend la main, certains nous disent : « Je croyais qu’on était les oubliés de la société. » mais pas pour nous ! On vous convoque pour vous aider, pour vous accompagner vers l’emploi, vers une professionnalisation. C’est la même chose pour les EHPAD, aujourd’hui à bout de souffle. La population vieillit, les besoins explosent. Je suis même favorable à un élargissement des compétences du Département en matière de santé. J’en ai discuté avec le ministre des Solidarités, car je suis très investi au sein de Départements de France. Tous ces sujets m’animent parce qu’ils vont dans le sens de l’intérêt général. Les élus sont là pour défendre, mais aussi pour tendre la main à ceux qui en ont besoin. C’est le cœur même de la mission des départements, et je l’assume pleinement avec mes collègues.