Passer du simple jogging au Running. Depuis 3 ans, de nombreux varois ont allongé leur foulée pour se challenger. Le nombre de clubs s'est multiplié, les demandes d'adhésion affluent, les courses atteignent des records de participation, le running fait même aujourd'hui le succès de boutiques spécialisées ! L'encadrement des épreuves et de la pratique est devenu une priorité pour le comité départemental d'athlétisme. Mais qu'est-ce qui fait courir tout ce monde ? A vos marques ! Prêt ? Partez !
“Un nombre de coureurs multiplié par deux ou trois en dix ans !”
David Huret est sûrement l’un des mieux placés pour constater l’essor du running. A l’instar des courses qui se déroulent toute l’année dans le Var, la Traversée des Pignes dont il est l’organisateur attire de plus en plus d’adeptes. Lors de la dernière édition, il a dû refuser une cinquantaine de participants.
David Huret - adjoins au Maire de Pignans - organisateur de la Traversée des Pignes
David Huret, comment analysez-vous un tel succès ?
Le running est le grand gagnant de l’après-Covid. Depuis, la pratique sportive en extérieur a explosé. Pendant cette période, les gens ont redécouvert la course à pied, souvent par nécessité. Et le running a un avantage majeur : il est accessible. Une paire de baskets, un short, un T-shirt… et tout le monde peut courir. C’est sans doute l’un des sports les moins onéreux. Il y a aussi un aspect santé et bien-être. Beaucoup de personnes se mettent à courir pour perdre du poids ou retrouver une hygiène de vie. Depuis une dizaine d’années, et encore plus depuis la pandémie, le running est devenu un sport à part entière pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde.
La traversée des pignes 2026 ©Conrad Eberhaerd
Les clubs et les coureurs attendent-ils davantage d’événements ?
Oui, clairement. La demande est forte. Le comité départemental d’athlétisme a mis en place un challenge départemental qui permet aux coureurs de participer à plusieurs courses et de marquer des points. Cela crée une dynamique, des objectifs, des petits défis tout au long de l’année. Il y a quasiment une course chaque week-end dans le calendrier varois. Cette régularité entretient l’engouement.
Le Var est-il suffisamment structuré pour cette discipline ?
Je distingue l’athlétisme, pratiqué sur piste en club, du running, qui est beaucoup plus libre. On peut courir sur route, sur chemins, en milieu rural… et le Var offre un terrain de jeu exceptionnel. Ce que je constate, c’est que le nombre de coureurs a été multiplié par deux, voire par trois en dix ans. Sur ma commune, je vois aujourd’hui des personnes que je n’avais jamais vues courir auparavant. Certaines se sont lancé un défi avec la Traversée des Pignes et, désormais, elles courent une à deux fois par semaine.
La traversée des pignes 2026 ©Conrad Eberhaerd
Qu’est-ce qui fait la singularité de la Traversée des Pignes à Pignans ?
Nous avons choisi le dernier week-end de janvier, une période plus propice après les fêtes. Depuis sa relance en 2021, l’objectif était clair : recréer une course au cœur du village. Aujourd’hui, elle attire plus de 500 participants et devient un rendez-vous pour les coureurs chevronnés et ceux qui préparent d’autres grandes échéances. Si la Traversée des Pignes devient incontournable, nous ferons en sorte d’accueillir davantage de coureurs dans les meilleures conditions car Pignans offre plusieurs parcours possibles. Cette année encore, le soleil était au rendez-vous au moment du départ. Cela contribue aussi à la magie de l’événement.
L’Azur Ace Running Club: “Rassembler, partager, fédérer”
À 27 ans, Yohan Bouvier a créé l’Azur Ace Running Club, une association qui rassemble chaque semaine plusieurs dizaines de coureurs sur le littoral varois. Entre esprit de communauté et passion du sport, il évoque la genèse du projet et l’engouement croissant pour le running dans le Var.
Yohan Bouvier, quand avez-vous créé le club ?
C’est tout récent puisqu’il est né en septembre 2025. Je suis seynois, sportif et ce club correspondait à mes envies de partage : transmettre, motiver les gens, se retrouver autour d’une même passion. J’avais envie de rassembler, fédérer, créer une identité commune sous une même bannière.
Aujourd’hui, combien de personnes participent aux runs ?
On est en train de mettre en place les adhésions. Pour l’instant, tout est gratuit. En moyenne, on est entre 70 et 80 personnes par run, sans inscription préalable.
L’engouement pour le running est-il réel ?
Oui, clairement. Depuis deux ou trois ans, il y a un vrai engouement pour le sport et le running en particulier. C’est un sport très accessible : pas besoin de salle, peu de matériel, on peut courir n’importe où, n’importe quand. Et surtout, les gens aiment se retrouver parce qu’ils partagent les mêmes envies. On a mis en place différents groupes d’allure, et il y aura toujours quelqu’un pour accompagner et soutenir.
Quel est le profil des personnes qui vous rejoignent ?
On attire plutôt un public jeune au départ, mais on se diversifie de plus en plus. On a aujourd’hui des adhérents de plus de cinquante ans, des hommes et des femmes à parts égales, et des personnes de tous horizons sociaux. Il y a aussi beaucoup de gens qui viennent d’arriver dans la région et qui cherchent un groupe pour courir. A ce propos, beaucoup de femmes n’osent pas courir seules, surtout le soir. On essaie d’avoir une image familiale et rassurante, pour que chacun puisse se sentir en sécurité et courir à plusieurs, sans pression.
Où se déroulent principalement vos runs ?
La plupart de nos départs se font au Mourillon. On court ensuite vers la Mitre ou le Cap Brun. Une fois sur deux, le jeudi, on va aussi sur la piste du stade Léo Lagrange pour des séances plus spécifiques. On aime aussi faire vivre ce quartier, auquel on est très attaché.
Le cadre naturel varois influence-t-il la pratique ?
Énormément. Le climat, les paysages, le relief… On développe de plus en plus le côté trail et montagne. On a déjà organisé des sorties du côté du Cap Sicié, qui ont très bien fonctionné, et on veut continuer à mettre en valeur le paysage varois.
Quel message adressez-vous à quelqu’un qui n’a jamais couru et qui hésite à se lancer ?
Je lui dirais : N’ayez pas peur. On sera toujours là. Il n’y a aucune notion de performance chez nous. Ce qui compte, c’est la convivialité, la combativité et le plaisir de courir ensemble.
Le Running : “Un marché en pleine expansion “
Hugo Exposito co-gérant du magasin Terre de Running à Toulon et la Garde
Hugo Exposito, nouvelle foulée du running toulonnais !
À 27 ans, Hugo Exposito a repris les deux boutiques Terre de Running de Toulon et La Garde. Ancien responsable devenu gérant, ce passionné d’ultra-trail accompagne l’essor spectaculaire du running dans le Var. Entre expertise technique, conseil personnalisé et esprit communautaire, il mise sur la proximité pour faire la différence dans un marché en pleine expansion.
Du salariat à l’entrepreneuriat
L’histoire d’Hugo Exposito avec Terre de Running ne date pas d’hier. Pendant sept ans, il évolue au sein de l’entreprise comme responsable de magasin. Une expérience solide qui lui permet de maîtriser à la fois les aspects techniques du métier et les attentes d’une clientèle de plus en plus exigeante.
Il y a un an, l’opportunité se présente : racheter les deux boutiques du Sud, situées à Toulon centre-ville et à La Garde.
« C’est un vrai pari, mais un risque mesuré », explique-t-il. « Je connais le secteur depuis plusieurs années. On reste sur des structures à taille humaine, avec deux à trois salariés par magasin. On avance prudemment. »
À ses côtés, un associé de poids : Patrick Roboso, créateur de la franchise Terre de Running, qui compte aujourd’hui près de 60 magasins en France. Un accompagnement précieux pour le jeune dirigeant.
Un marché du running en pleine expansion
Le constat est clair : le running séduit toujours plus. En magasin, la tendance est visible.
« Depuis le confinement, on a vu un vrai tournant. Les gens ont pris conscience de l’importance de leur liberté, de leur santé, du fait de pouvoir sortir courir, surtout ici dans le Sud. »
Le profil des nouveaux pratiquants ?
Beaucoup de jeunes actifs, souvent âgés de moins de 30 ans, qui se lancent sur des distances allant jusqu’au semi-marathon. La discipline s’est démocratisée, portée par les réseaux sociaux et les grands événements populaires.
Autre phénomène en forte croissance : le HYROX, discipline hybride mêlant course à pied et exercices fonctionnels inspirés du crossfit. Une nouvelle clientèle fait son apparition, à la recherche d’équipements spécifiques et performants.
Un sport accessible… et concurrentiel
L’un des atouts majeurs du running reste son accessibilité.
« Avec environ 160 euros, on peut être correctement équipé avec une bonne paire de chaussures. C’est resté raisonnable, contrairement au marché du vélo où les prix ont explosé. »
Mais le secteur est aussi devenu très concurrentiel. Les grandes enseignes généralistes ont investi le marché, développant tests produits et rayons spécialisés.
Face à cela, Terre de Running mise sur l’expertise et l’accompagnement personnalisé.
L’expertise au cœur du positionnement
Dans les boutiques de Toulon et La Garde, chaque client bénéficie d’un véritable diagnostic.
Analyse vidéo de la foulée, étude de la voûte plantaire grâce à la Fitbox Sidas, prise en compte des blessures et douleurs éventuelles : tout est pensé pour proposer la chaussure la plus adaptée.
« On pose beaucoup de questions. L’objectif, c’est d’équiper au mieux pour éviter les blessures et permettre aux gens de courir durablement. »
Au-delà du produit, le conseil fait la différence : nutrition, préparation d’objectifs, recommandations d’entraînement… sans oublier les sorties collectives organisées avec le Running Club de Yohan (Azure Race), qui créent du lien entre les pratiquants.
Une clientèle très variée
Contrairement aux idées reçues, la clientèle ne se limite pas aux coureurs confirmés.
« On a vraiment de tout. Du débutant qui commence demain matin au coureur qui a fait les plus grandes courses du monde. »
Les magasins équipent aussi des marcheurs, des randonneurs et de nombreux professionnels de santé – infirmières, aides-soignantes – en quête de confort pour leurs longues journées debout.
Chaque membre de l’équipe apporte sa spécialité : triathlon, HYROX, trail… une diversité qui permet de répondre à tous les profils.
L’ADN d’un passionné d’ultra-trail
Hugo Exposito pratique lui-même le trail longue distance, notamment l’ultra-trail. Une passion qui nourrit son approche du métier.
« J’aime l’aventure, me projeter sur des défis longs. Ça se complète bien avec mon travail. »
Son objectif n’est pas une croissance à tout prix, mais la pérennité.
« On ne veut pas reproduire ce qu’on a vu dans le vélo, avec des fermetures en chaîne. Notre priorité, c’est d’équiper au mieux nos clients, de les voir courir sans se blesser et être heureux dans leur pratique. »
Dans un département comme le Var, terrain de jeu idéal entre mer et collines, le running a encore de beaux jours devant lui. Et Hugo Exposito compte bien continuer à accompagner cette dynamique, foulée après foulée.