Créer son entreprise est une aventure passionnante, mais les premières décisions sont souvent les plus déterminantes. Choix du statut, protection du patrimoine, trésorerie, obligations administratives ou encore protection sociale… autant de points qui peuvent conditionner la réussite d'un projet. Pour Bruno Dartiguenave, expert-comptable et président du Groupe BDCA, anticiper ces étapes et se faire accompagner dès la phase de création permet d'éviter des erreurs parfois lourdes de conséquences et de démarrer son activité sur des bases solides.
Bruno Dartiguenave, expert-comptable et président du Groupe BDCA © Conrad Eberhaerd
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous rencontrez ?
Sur le terrain, plusieurs erreurs reviennent sans cesse.
D’abord, le choix du statut juridique fait au hasard, souvent copié sur celui d’un ami plutôt que pensé pour son propre projet. Bien souvent les clients choisissent une structure juridique en fonction des orientations fiscales et sociales en oubliant l’essentiel qui sont les aspects patrimoniaux. Pour moi la protection de la cellule familiale doit primer sur les autres aspects.
Ensuite, une sous-estimation chronique du besoin en trésorerie de démarrage, beaucoup de porteurs de projet oublient qu’il faut tenir plusieurs mois avant que l’activité ne devienne rentable. C’est notamment le cas dans les activités ou il y a besoin de stocks initiaux. Il y a un besoin en fond de roulement qui, s’il n’est pas anticipé, peut provoquer rapidement des tensions en trésorerie.
Vient ensuite l’absence de séparation entre patrimoine personnel et professionnel, qui expose inutilement le dirigeant. Je vois aussi très souvent une mauvaise anticipation des cotisations sociales et de l’impôt, qui tombent parfois comme une surprise brutale la première année.
Une autre erreur est de négliger la protection sociale du dirigeant, en pensant l’aborder “plus tard”. Il faut sensibiliser les dirigeants sur un contrat prévoyance qui les prémunis en cas d’aléas de santé.
Une autre erreur en cas d’association avec d’autres associés ne pas formaliser les accords entre associés dès le départ, ce qui crée des tensions quand l’activité décolle ou quand les associés veulent se séparer. Et enfin, consulter un expert-comptable trop tard, une fois les choix structurants déjà figés.
Choisir micro-entreprise, EI ou société : comment décider ?
Tout dépend du volume d’activité anticipé, du niveau de risque du métier et des perspectives de croissance. La micro-entreprise convient à une activité complémentaire ou de test, avec un chiffre d’affaires limité et peu de charges à déduire. L’entreprise individuelle (EI) classique permet de déduire ses charges réelles, avec depuis la réforme de 2022 une séparation automatique entre patrimoine professionnel et personnel, un vrai progrès pour protéger la résidence principale. La société (SARL, SAS…) devient pertinente dès qu’on anticipe une croissance significative, qu’on souhaite s’associer, optimiser la rémunération entre salaire et dividendes, ou préparer une levée de fonds. Il n’existe pas de bon choix universel : c’est un arbitrage entre simplicité administrative, protection patrimoniale, fiscalité et ambition du projet, à revoir régulièrement à mesure que l’activité évolue. Il est à noté que pour se constituer un patrimoine personnel le chois de l’auto-entreprise est plus compliqué car les banquiers ont besoin de bilans pour financer le patrimoine du dirigeant.
Les oublis administratifs les plus coûteux ?
L’oubli d’immatriculation ou de déclaration d’activité dans les délais peut bloquer l’accès à certaines aides. Le défaut d’assurance responsabilité civile professionnelle, obligatoire dans de nombreux secteurs, expose à des sinistres ruineux. La méconnaissance des obligations TVA, notamment le franchissement du seuil de franchise en base, génère des régularisations parfois lourdes. L’absence de suivi des échéances sociales (URSSAF) entraîne majorations et pénalités qui s’accumulent vite. Et le classique : ne pas conserver ses justificatifs, ce qui complique la déductibilité des charges et fragilise en cas de contrôle.
Quand faut-il consulter un expert-comptable ?
Idéalement avant même l’immatriculation, dès que le projet prend forme. C’est en amont qu’on peut encore choisir le bon statut, anticiper la fiscalité et éviter des erreurs qui coûtent cher à corriger a posteriori. Un accompagnement dès le départ permet aussi de mettre en place les bons outils de suivi de trésorerie, d’estimer les charges sociales et fiscales réelles, et de bâtir un prévisionnel réaliste. Beaucoup pensent que l’expert-comptable n’intervient qu’une fois l’entreprise lancée : c’est justement l’inverse qui fait la différence.
Un conseil essentiel avant de se lancer ?
Ne restez jamais seul face à vos choix structurants. Entourez-vous tôt d’un expert-comptable, mais aussi réseau local d’entrepreneurs pour challenger votre projet avant qu’il ne soit trop tard pour ajuster le tir.
L’expert-comptable est là pour vous accompagner sur les choix structurants de votre projet tant sur le plan patrimonial, économique, stratégique que sur tes options en matière de juridique, fiscal est social.