Coté Finances: Anticiper sa succession : un sujet réservé aux grandes fortunes ?

Pour ce numéro de mars, Damien Najarian, expert en gestion de patrimoine, et Maître Maxime Niboucha, notaire à Solliès-Ville, partagent leur analyse sur un sujet qui concerne bien plus de Français qu’on ne le pense : l’anticipation successorale.

Sur la photo de gauche à droite: Damien Najarian, expert en gestion de patrimoine, et Maître Maxime Niboucha ©Var Infos

Anticiper sa succession permet-il réellement de réduire la fiscalité ?

Var Infos :
Anticiper sa succession permet-il réellement de réduire la fiscalité, notamment pour ses héritiers ? Et si oui, quels sont aujourd’hui les outils les plus efficaces ?

Maître Maxime Niboucha :
Anticiper sa succession, c’est essentiel. Il existe bien sûr un aspect fiscal important, notamment pour profiter pleinement des avantages que la loi met à disposition.

Mais l’anticipation ne se limite pas à la fiscalité. Il y a aussi un enjeu fondamental de pacification des relations entre héritiers — enfants, petits-enfants — ce que l’on appelle l’aspect civil de la succession. Il est tout aussi important. On ne peut pas rechercher un avantage fiscal en faisant abstraction des conséquences humaines et familiales.

Consulter un notaire permet d’obtenir à la fois une expertise fiscale et une vision globale du patrimoine, afin d’éviter les erreurs et de s’assurer que les choix effectués correspondent réellement à sa volonté.

Damien Najarian :
Sur le terrain, je constate que la succession est souvent abordée tardivement, parfois uniquement sous l’angle de l’acte à signer. Pourtant, la manière dont le patrimoine est structuré en amont conditionne fortement les options civiles et fiscales disponibles au moment de la transmission.

Les outils les plus efficaces pour transmettre

Var Infos :
Concrètement, quels sont aujourd’hui les outils les plus adaptés pour anticiper efficacement ?

Maître Maxime Niboucha :
Le mécanisme le plus pertinent reste la donation de son vivant. Elle permet notamment de profiter des abattements fiscaux, ce qui constitue un levier majeur.

On peut également évoquer le démembrement de propriété ou la donation avec réserve d’usufruit. Ces dispositifs permettent au donateur de continuer à utiliser le bien tout en le transmettant, avec un avantage fiscal significatif.

Le véritable « sésame », selon moi, reste la donation-partage. Elle consiste à répartir de son vivant tout ou partie de ses biens entre ses héritiers. Elle permet à la fois de pacifier les relations familiales et d’optimiser la fiscalité successorale.

Damien Najarian :
Dans mon rôle de conseiller, j’interviens souvent en amont pour comparer plusieurs scénarios chiffrés : transmettre un bien immobilier, des actifs financiers ou une combinaison des deux.

L’objectif est d’anticiper non seulement le coût fiscal, mais aussi la capacité des héritiers à assumer les charges futures et la cohérence globale du patrimoine transmis. Assurance-vie, montages sociétaires, démembrement du patrimoine financier ou immobilier : les outils sont nombreux et doivent être adaptés à chaque situation.

Une stratégie globale, à plusieurs professionnels

Var Infos :
Pourquoi est-il important de consulter à la fois un notaire et un gestionnaire de patrimoine ?

Maître Maxime Niboucha :
Il est essentiel d’avoir une vision à la fois civile et fiscale du patrimoine, en fonction d’un objectif précis. Le but est de proposer, par un ou plusieurs actes, des solutions permettant au client d’atteindre son objectif de manière judicieuse et sécurisée.

Damien Najarian :
La succession ne se résume pas à un acte juridique : c’est une organisation patrimoniale dans le temps.

Le notaire sécurise le cadre civil et fiscal. De mon côté, j’interviens davantage sur la structure économique du patrimoine : sa composition, sa liquidité, sa capacité à générer des revenus et à absorber les coûts futurs.

Un patrimoine peut être juridiquement bien organisé, mais économiquement déséquilibré. C’est là que la complémentarité prend tout son sens : le notaire sécurise, le gestionnaire de patrimoine rend la stratégie viable et durable.

Immobilier et transmission : les pièges à éviter

Var Infos :
Dans un pays où l’immobilier représente souvent l’essentiel du patrimoine, quelles précautions faut-il prendre pour transmettre sans mettre un héritier en difficulté financière ?

Maître Maxime Niboucha :
Un principe revient souvent : il faut se diversifier. Une stratégie patrimoniale ne peut pas reposer uniquement sur l’immobilier ou uniquement sur la donation.

Disposer de placements financiers permet de créer des équilibres. Si l’on ne détient que de l’immobilier sans liquidités, transmettre devient complexe, car toute transmission a un coût.

La différence entre anticiper et ne rien faire jusqu’au décès est simple : soit on assume un coût volontaire et maîtrisé, soit on subit un coût souvent plus élevé.

Damien Najarian :
Certains patrimoines sont solides sur le papier, mais fragiles au moment de la transmission faute de liquidités.

Anticiper, c’est parfois accepter de rééquilibrer son patrimoine pour rendre la transmission techniquement et financièrement possible.

L’erreur majeure : attendre trop longtemps

Var Infos :
Quelles sont les erreurs qui font augmenter le coût d’une succession ?

Maître Maxime Niboucha :
La principale erreur est de s’y prendre trop tard. Plus on attend, plus les possibilités d’optimisation se réduisent.

En matière d’assurance-vie, par exemple, les avantages fiscaux diminuent fortement après 70 ans. Pour les donations avec réserve d’usufruit, l’avantage fiscal devient quasi inexistant après 81 ans.

On conserve des bénéfices en termes d’organisation familiale, mais l’optimisation fiscale disparaît.

Damien Najarian :
Au-delà de la fiscalité, attendre a aussi un coût économique. On perd la possibilité de lisser la transmission dans le temps et d’utiliser les revenus générés par les placements pour la financer.

Plus les décisions sont prises tard, plus elles se font dans l’urgence.

Familles recomposées : anticiper pour éviter les conflits

Var Infos :
Quels sont les principaux risques de conflit dans les familles recomposées et comment les éviter ?

Maître Maxime Niboucha :
On ne peut pas se baser uniquement sur la fiscalité. Certaines stratégies intéressantes sur le plan fiscal peuvent être désastreuses sur le plan familial.

Chaque patrimoine et chaque famille sont différents. Il faut éviter de se baser sur des « on-dit » ou sur l’exemple d’un proche. Une consultation permet de poser les bases et d’éviter les mauvaises surprises.

Damien Najarian :
Dans ces situations, le chiffrage et la transparence jouent un rôle apaisant. Mettre des montants, des échéanciers et des supports précis permet de réduire les tensions émotionnelles et de sécuriser les équilibres.

À quel moment faut-il consulter ?

Var Infos:
À partir de quel âge ou de quel niveau de patrimoine est-il pertinent d’organiser sa succession ?

Maître Maxime Niboucha :
Il n’y a pas d’âge précis. La bonne question est : que se passe-t-il si je disparais demain ? À qui revient mon patrimoine ? Est-ce réellement ce que je souhaite ? Et combien cela coûtera-t-il ?

Parfois, un simple testament suffit à sécuriser une situation.

Maître Maxime Niboucha ©Var Infos

Maître Maxime Niboucha :

Damien Najarian :
Il n’y a ni seuil de patrimoine ni âge idéal. La vraie question n’est pas « ai-je assez de patrimoine ? » mais « mon patrimoine est-il organisé ? »

Plus on anticipe, plus on conserve de leviers et de marges de manœuvre. Attendre n’est jamais neutre : cela réduit les options et augmente souvent le coût global.

Damien Najarian, expert en gestion de patrimoine ©Var Infos

Le rôle clé du gestionnaire de patrimoine

Var Infos:
Quel regard portez-vous sur la profession de gestionnaire de patrimoine dans cette thématique ?

Maître Maxime Niboucha :
Le gestionnaire de patrimoine est un acteur essentiel. Il dispose des outils financiers que nous, notaires, n’utilisons pas.

Dans de nombreuses situations, une stratégie efficace nécessite impérativement l’intervention conjointe du notaire et du gestionnaire de patrimoine.

La complémentarité des expertises est la clé d’une transmission réussie.